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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 10:14

 

«Ceux qui n'ont plus d'activité professionnelle depuis au moins deux ans, tous sans exception, se verront proposer soit une formation, soit un emploi, soit un processus de resocialisation», a-t-il dit.

Avec Nicolas Sarkozy, l'astuce a toujours consisté à supprimer plus ou moins ouvertement quelque chose — des effectifs, un budget, un dispositif… — puis à le rétablir à la portion congrue, mais à grand renfort de com’ pour faire croire à la générosité et à l'efficacité de son action. L'utilisation de ce procédé (je te coupe un bras, puis je te le remplace par une prothèse bas de gamme le moment opportun) revient à plusieurs reprises dans ses annonces à l'issue du «sommet» d'hier — torché en 4 heures —, énième montagne qui a accouché d'une souris.

D'abord, parlons gros sous. Not’ président a mis 430 millions d'euros sur la table pour financer ses mesurettes pré-électorales... Une bagatelle à côté du sérieux tour de vis récemment infligé au budget de la mission Travail & Emploi pour l'année 2012 : une baisse de 12,1% par rapport à 2011, soit une amputation drastique de 1,39 milliard d'euros en pleine montée du chômage, au nom de la réduction des déficits publics. En comparaison, le "redéploiement" de ces 430 millions de "crédits déjà existants" fait office d'aumône… et d'attrape-couillon.

Selon Eric Heyer, économiste à l'OFCE, «le montant annoncé est ridicule !» Il souligne dans L'Expansion que si Nicolas Sarkozy consentait à supprimer le dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires, qui coûte 4,5 milliards d'euros par an, le soutien financier de l'Etat à l'emploi pourrait être multiplié par dix.

Ici, Les Echos nous expliquent comment ces 430 millions seront répartis.

Revoilà l'astuce ! On note qu'après avoir supprimé 1.800 postes à Pôle Emploi l'année dernière, 1.000 embauches express sont prévues : des petits nouveaux en CDD qu'il faudra former rapidement, puis jeter au bout d'un an. On imagine que, parmi eux, il y aura pas mal de contrats aidés. Sauf que ces CDD ne seront pas alloués qu'à Pôle Emploi mais déployés sur l'ensemble du service public de l'emploi (c'est-à-dire aussi les missions locales, maisons de l'emploi, etc…). Soyons réalistes : 1.000 CDD supplémentaires alors qu'en ce moment, ce sont 1.000 chômeurs par jour qui s'inscrivent, avouez que l'opération est désespérée.

S'ensuivent une rallonge de 100 millions pour "booster" le chômage partiel (alors que son financement s'est élevé à… 600 millions d'euros en 2009, puis a été stoppé en 2010) + 40 millions pour «former plutôt que licencier» des salariés dans les secteurs en crise, 100 millions pour une offre promotionnelle «zéro charges TPE» censée leur permettre d'embaucher des jeunes de moins de 26 ans payés au Smic, 150 millions pour un nouveau «plan pour les chômeurs de longue durée» (on se souvient du fiasco des précédents…) et — clou du spectacle — la promesse d'une «réforme radicale» de la formation professionnelle alors que celle-ci est particulièrement mal en point. Nicolas Sarkozy a d'ailleurs reconnu que moins de 10% des chômeurs y ont accès. Comment, subitement et en si peu de temps, compte-t-il y remédier ?

Dans ce contexte, Nicolas Sarkozy nous régurgite exactement le même discours qu'il y a un an : il avait dit que Pôle Emploi recevrait «dans les trois mois» tous les chômeurs de longue durée afin de leur proposer «soit une formation [supposée] qualifiante, soit un emploi [un pauvre CUI]». Aujourd'hui, il ne cible plus que les chômeurs de longue durée inscrits à Pôle Emploi depuis plus de deux ans, soit 240.000 personnes rien qu'en catégorie A.

Sauf que l'Elysée ne prévoit de débloquer que 16.000 entrées en formation supplémentaires. Pour tous les autres, ce sera… un contrat aidé !

Pour les quelques chanceux à qui on accordera une formation, de quel type sera-t-elle (qualifiante et suffisamment longue, ou «commando») ? Le chômeur aura-t-il son mot à dire ? On en doute.

Et revoilà l'astuce : après avoir supprimé l'AFDEF (allocation accordée aux chômeurs qui épuisaient leurs droits en cours de formation et dont le montant équivalait à leur ARE) pour la remplacer par la misérable R2F (un forfait de 652 €/mois) limitée à 2011, le voici qui, bon prince, prolonge le dispositif en 2012 ! Avec 652 €, le chômeur de très longue durée, forcément en fin de droits, devra assurer son ordinaire + les frais inhérents à son stage : nourriture, transport, tenue vestimentaire, etc.

A l'issue de la formation, l'intéressé serait obligé d'accepter l'offre d'emploi proposée (si elle existe !) : on en revient aux éternels CUI, solution de facilité par excellence. Le tout visant à améliorer in extremis les chiffres du chômage, puisque les chômeurs en formation basculent en catégorie D et ceux en CUI en catégorie E.

Le gros point noir, c'est «le processus de resocialisation» que Nicolas Sarkozy a évoqué en dernier recours, sans plus de précision. Va-t-il ouvrir des centres d'éducation pour les chômeurs de longue durée, considérés comme des délinquants ou des malades mentaux ? Les conseillers Pôle Emploi devront-ils déployer des talents de psychiatres ? Tout cela est limite répugnant. Pour «resocialiser» les chômeurs et les sortir de l’«assistanat», ce sont de véritables emplois correctement rémunérés qu'il faudrait créer, et rien d'autre ! De toutes ces broutilles électoralistes, nous n'avons que faire.

Mais le pire est à venir : on attend, fin janvier, les détails sur les dossiers chauds de la TVA (anti)sociale, des "accords de compétitivité" et d'un passage aux 37 heures, autant de points lancés avant le «sommet» d'hier, que Nicolas Sarkozy s'est bien gardé de développer.

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Published by ACTU Chômage - dans Emploi
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